À court terme

« Parfois on a l’obligation morale de faire des choses pénibles ou qui ne nous arrangent pas en tant qu’individus, ou qui sont difficiles à comprendre dans un contexte social donné. Par exemple, tout ce que les gens ont fait pour les droits civiques dans les années soixante ne leur a attiré que des ennuis, à eux et à leurs familles, n’est-ce pas ? Où était le bénéfice pour quelqu’un d’aller s’asseoir au comptoir d’un restaurant quand il savait qu’il allait se faire casser la gueule par des racistes ou par la police ? Et quel était l’intérêt pour les Black Panthers de prendre les armes quand il était évident que la police ou l’armée allaient facilement les supprimer ?

— À court terme ce genre de choses ne marche pas, dit Alice. Mais à long terme tout le monde sait que ça valait la peine. »

So much pretty, Cara Hoffman

Je mets l’emphase sur ça : « À court terme ce genre de choses ne marche pas ». C’est ce qui est assez déprimant dans les luttes actuelles anti-racistes, féministes, anti-homophobes, etc : on s’en prend plein la tête (parfois physiquement, hein), et on n’en retire rien. Pour l’instant.

Le texte de Kevin Merigot Je ne suis pas né anarchiste m’a beaucoup touchée. Il a résonné en moi. Fort. Et j’ai envie de réagir.

J’ai été misogyne, d’une misogynie internalisée, le genre qui te fait dire « oué moi je suis pas comme les autres », « je suis pas une vraie fille, je suis comme vous *clin d’œil à mes potes garçons* ».

J’ai été anti-féministe, parce que woh ça va bien les hystériques ? Et votre façon d’écrire « les français-e-s », pouah.

J’ai été raciste, « le racisme primal », celui qui fait qu’on a « peur des gens différents », celui qu’on a tous au fond de soi, faut l’avouer, hein ?

J’ai été homophobe, un peu comme pour le racisme, les « différents » – mais plus par ignorance qu’autre chose.

Aujourd’hui, je suis féministe, parce que ça me concerne, en tant que femme. Parce que ça concerne notre société tout entière, construite sur la domination (des hommes cis sur les femmes, des cis sur les trans, des hétéros sur les homos – et des riches sur les pauvres). Parce que je comprends qu’on doit changer les choses – même si je ne sais pas (encore) comment faire.

Aujourd’hui, je suis pour l’égalité des droits pour tous, comme le dit Kévin bien mieux que moi. Même si ya du boulot à faire en moi-même de tous les côtés, qu’il serait bien que je milite pour de bon au lieu de lire et de me dire « mais oui ! ».

Et je ne comprends pas très bien qui est cette personne que j’ai été.