Psycho-Pass

Psycho-Pass est un animé japonais sorti en 2012. Dans un monde (enfin, un pays, le Japon) où la justice est délivrée par une intelligence artificielle, le système Sibyl, Tsunemori Akane 1, fraîchement diplômée, rejoint les forces de police en tant qu’inspecteur. Très intelligente, plutôt naïve, extrêmement attachée à la loi et la justice, elle est un peu l’archétype de la nouvelle recrue. Sauf que dès le premier épisode, elle remet en cause une décision du système Sibyl – et cela l’emmène un peu plus loin que prévu.

Note : je tente de critiquer sans trop raconter l’histoire, mais c’est difficile. J’ai fait une partie « Spoiler » à la fin, mais il se peut très bien que des détails s’échappent avant. Si vous n’avez pas vu la série, je vous laisse devant quelques illustrations tirées de celle-ci, et vous conseille de la regarder avant de continuer à lire. Quoi, 22 épisodes de 20 minutes, c’est pas long, rhoh.

Note 2 : il se peut que j’écrive tantôt Sibyl tantôt Sybil. J’essaie le plus possible de rester consistante, mais les japonais se fichant royalement de l’orthographe roumaji et les deux « i » se prononçant pareil, ça n’a pas beaucoup d’importance.

Entrée en matière

C’est un monde différent du nôtre, une société dans laquelle l’âme peut être lue, et est associée à une couleur ; plus elle est sombre, plus on est susceptible d’être criminel.

Le premier dialogue apporte l’idée d’un « contrôle de couleur » dans la rue. Tout d’abord je pense à une erreur de traduction : contrôle de couleur, vous voulez dire « délit de faciès » ? Non non, la phrase suivante dit qu’un drone a ordonné une thérapie à la personne contrôlée, et qu’elle a refusé en s’enfuyant. Et on voit un schéma de son Psycho-pass, car c’est cela dont il s’agit, la couleur en est « vert forêt ». En moins de 10 secondes, on a le topo. C’est un monde différent du nôtre, avec des systèmes différents des nôtres, dont les personnages sont parfaitement au courant – on n’a pas de nouveau ou d’étranger à qui l’expliquer – mais en très peu de temps, le spectateur a compris et est intégré à l’histoire.

Le Psycho-Pass et le coefficient criminel

Visualisation du profil d'un individu : carte d'identité, coefficient criminel, couleur du psycho-pass...
Visualisation du profil d’un individu : carte d’identité, coefficient criminel, couleur du psycho-pass…

Le Psycho-Pass est une donnée dont la visualisation est une couleur, qui varie de blanc à « très sombre » (on a peu d’exemples : blanc, turquoise, d’un côté, de l’autre jaune foncé et vert forêt), et qui mesure le taux de stress. Plus on est stressé, plus le Psycho-Pass est sombre, et des thérapies sont proposées afin de reprendre une tranquillité d’esprit. Dystopie oblige, cette chasse au stress transforme donc certaines personnes en moutons dociles, voire mort-vivants, refusant de faire quoi que soit de peur d’être exposé au stress.

De l’autre côté, un excès de stress influe sur une seconde donnée : le coefficient criminel. Si le Psycho-Pass est essentiellement un état d’esprit ponctuel, une mesure du stress, le coefficient criminel détermine en quelque sorte la probabilité de commettre des actes criminels. Penser à commettre un tel acte est déjà un crime, et augmente automatiquement le coefficient criminel. La détection du Psycho-Pass et du coefficient criminel se fait partout, dans la rue notamment, où des scans sont faits systématiquement. Une intrigue dans la série inclura notamment quelqu’un qui est suspect parce que n’étant plus sorti de chez lui, sûrement de crainte d’être scanné.

Une autre manière de quantifier le coefficient criminel, c’est l’arme des policiers, le Dominator, une sorte de gros flingue stylé noir avec des lumières turquoises à la Midna.

Oui, turquoise comme ça. (source : https://upload.wikimedia.org/wikipedia/en/a/ae/Midna.png)
Oui, turquoise comme ça. (source : https://upload.wikimedia.org/wikipedia/en/a/ae/Midna.png)

Bon, en vrai, c'est ça.
Bon, en vrai, c’est ça.

Ce dernier est relié au système Sibyl à tout instant, et c’est Sibyl qui détermine la sentence d’une personne lorsque le Dominator est pointée sur elle (en gros, paralysie, mort ou destruction totale). Bien entendu, le fait que ce soit une connexion permanente a un impact sur une des histoires, qui se passe dans un lieu exempt de tout réseau.

Inspecteurs et exécuteurs

Si l’on dépasse un seuil de coefficient criminel sans avoir commis de crimes « physiques », on est tout simplement interné comme « criminel latent », dans des établissements spécialisés, qui tiennent à la fois de la prison et de l’asile psychiatrique : cellules blanches à grande ouverture vitrée sur l’un des murs et thérapies psychiques régulières.

PSYCHO-PASS - établissement thérapeutique

Ici les criminels latents apprennent à redevenir normaux – si c’est possible, car il semble bien que le coefficient criminel ne puisse redescendre en dessous de ce seuil, plusieurs exemples nous sont donnés.

Certaines de ces personnes sont recrutées comme « exécuteurs », et travaillent dans la police comme « chiens de chasse », car jugés plus proches des criminels que des humains : comme ils pensent comme des criminels, ils seront plus à même d’aider les inspecteurs à faire leur travail, tout en leur épargnant le danger de s’approcher de l’abîme.

Il y a bien entendu des cas où des inspecteurs sont devenus exécuteurs : Psycho-Pass présente un système ainsi que toutes les manières d’y échapper, de le flouer.

Le travail qui nous rendra le plus heureux

Tsunemori a probablement eu les meilleurs notes du pays, ce qui lui ouvre les portes de tous les métiers. En effet, les notes obtenues à la fin des études déterminent le travail qui « nous rendra le plus heureux », selon le système Sibyl. La notion de métier attribué n’est pas nouvelle dans les histoires de dystopies. On la retrouve notamment dans Le Passeur, de Lois Lowry, un de mes bouquins préférés, qu’on m’a offert il y a 15 ans et qui n’a pas pris une ride.

L’idée que nos aptitudes déterminent notre métier n’est pas étrangère à notre monde non plus – notre monde réel -, car d’une certaine manière, d’aucuns ne peuvent pas choisir, justement. Ceux qui le peuvent sont plutôt issus de familles aisées, et même s’il est possible de « partir de rien », notre société met tous les bâtons possibles dans les roues des « prolétaires ». Sauf que ce n’est pas vraiment dit, c’est même plutôt nié : tout le monde a les mêmes chances, dit-on. Dans Psycho-Pass, c’est un fait, c’est connu, c’est intégré, c’est accepté.

Références littéraires

Elles sont nombreuses : Foucault, Pascal, Ortega (J’ai toujours appris, comme mesure d’hygiène élémentaire, à me méfier quand quelqu’un cite Pascal), Weber, Swift… Je dois avouer ne pas avoir tout saisi, je n’ai pas une culture des philosophes très évoluée. Et je n’ai jamais fini Les voyages de Gulliver.

Oh, il est fait mention de Philip K. Dick, une fois :

Makishima — Une ville peu ordinaire ? Comment dire… Cette ville ressemble aux parodies décrites dans les vieux livres que je lisais.

Choe Gu-sung — Comme dans ceux de William Gibson ?

Makishima — Plutôt Philip K. Dick. Elle n’est pas aussi autoritaire que dans les livres de George Orwell, et pas aussi sauvage que dans ceux de Gibson.

Choe Gu-sung — Je n’ai jamais lu Dick. Quel livre devrais-je lire en premier ?

Makishima — Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?

(épisode 15, 8:10 – la discussion continue un instant sur l’adaptation en film de ladite nouvelle, Blade Runner, si vous n’avez pas déjà vu, foncez.)

Les personnages, notamment Kougami et Makishima, sont des érudits et citent à tout bout de champ ; certaines discussions entre ces deux-là font un peu penser à Death Note, dans un ton plus « joute verbale » que « course à l’armement cérébral » cependant.

Ya pas que les stéréotypes dans la vie

Le personnage principal est une femme, qui ne tombe pas amoureuse du personnage principal masculin (vous ne pouvez pas savoir à quel point ça me fait plaisir). Il y a un couple de lesbiennes, sur lequel le focus n’est jamais donné, comme si on disait Elles sont ensemble, et alors ? Qu’est-ce que ça a de particulier ? Maintenant, on peut revenir à l’intrigue ? Un des exécuteurs (un homme) a de petites barrettes dans les cheveux, et c’est très mignon et personne ne lui fait la remarque. Voilà, le genre de petits détails qui me font sourire : la vie, ce n’est pas fait de stéréotypes.

À partir de maintenant, on spoile gratis

Je réitère mon avertissement : ce qui suit révèle tout ou partie de l’histoire, lisez à vos risques et périls. Si vous voulez sauter à la conclusion, vous le pouvez en suivant ce lien : Conclusion.

Le véritable visage du système Sibyl

Ah, j’avais dit que je spoilerais, hein. Cet aspect de l’anime est très important, puisqu’il change radicalement ce que l’on savait.

La machine peut-elle remplacer l’Homme ? C’est la question qui est posée, d’une certaine manière : les inspecteurs ne sont censés faire qu’enquêter et encadrer les exécuteurs, qui, eux, suivent les directives de Sibyl. Si le Dominator dit de tirer, tu tires. Point.

Mais dès le premier épisode, on voit une victime risquer de se faire exécuter, car choquée par le viol qu’elle vient de subir et la mort violente et sanglante de son agresseur, son niveau de stress a considérablement augmenté. Sibyl change donc la sentence délivrée par le Dominator en létale. Et Tsunemori empêche l’exécuteur de tirer, parce que merde, c’est la victime, elle ne doit pas être jugée !

Le jugement de Sibyl remis en cause permet à l’exécuteur Kougami de reprendre en confiance en son travail, qu’il avait fini par faire de manière systématique, sans penser à la Justice avec un grand J.

Or, la question La machine peut-elle remplacer l’Homme n’a plus vraiment lieu d’être une fois que le véritable état de Sibyl est révélé. C’est là un retournement de situation très intéressant.

Le système Sibyl est présenté comme entièrement informatique, artificiel, et par conséquent exempt de toute injustice ; afin de créer une société qui ne dépen[d] pas de l’ego humain (Makishima). Mais ce n’est pas le cas… On l’apprend dans l’épisode 17. Sibyl est en fait un ensemble de superordinateurs connectés entre eux, et les superordinateurs les plus puissants et les plus intelligents sont… les cerveaux humains. Et surtout les seuls capables de jugement, capables d’évaluer la nature humaine.

Et ces cerveaux sont ceux de personnes qui transcendent l’humanité, qui ont une personnalité irrégulière, qui ne rentrent pas dans les cases. Qui ne ressentent pas d’empathie. Qui ont des valeurs différentes du système. Qui ne peuvent pas être mesurés. En gros, ceux qui sont criminellement asymptomatiques. Oui, les constituants du système Sibyl sont des criminels selon ses propres normes.

Makishima Shougo

Un des plus méchants méchants (aha) que j’aie jamais vu. Toujours très calme, jamais surpris, un visage d’ange, son Psycho-Pass ne dépasse jamais 30, et peut même atteindre 0. Ce pourquoi les Dominators ne peuvent rien contre lui. Il est une épine dans le pied de Sibyl, il défie sa loi – et pourtant…

Son but est d’avoir un monde ordinaire, peuplé de gens ordinaires, qui ne devraient pas avoir à surveiller leurs états d’âme. Dit comme ça, cela semble une très bonne idée ; mais il semble que les gens ordinaires qu’il préfère sont ceux qui laissent libre cours à leurs désirs de destruction et de meurtre. Il veut un monde de chaos pour contrer cet ordre par trop rigide.

Une fois que Sibyl lui a révélé sa nature, et ce qu’elle attend de lui – faire partie du système Sibyl, car son intelligence permettra de faire évoluer le système, il refuse : il ne veut pas être un simple rouage. Et puis il préfère jouer qu’arbitrer, le canaillou.

J’ai été très surprise de cette réaction : quand j’ai vu la scène arriver, j’étais persuadée que Makishima accepterait avec joie, et que l’ennemi deviendrait Sibyl+Makishima. Encore plus terrifiant ! Cela aurait été très intéressant, mais plutôt convenu au final, et le choix de Makishima est parfaitement cohérent avec son personnage, qui ne cherche pas à dominer.

Pourquoi son coefficient criminel n’augmente jamais ? Il ne le sait pas exactement lui-même. Il sait qu’il est différent, et qu’il peut contrôler son état de stress, pour commettre des crimes sans être repéré.

Et c’est là qu’on peut s’interroger sur la pertinence du système Sibyl, de sa détection de crimes, même quand on sait que ce sont des « gens », enfin, des cerveaux, qui jugent. Dans notre monde réel, des meurtres de sang-froid, cela arrive tout à fait. Il aurait pu être intéressant d’avoir ce genre de crimes dans la série, afin de comparer avec Makishima : est-ce qu’un meurtre parfaitement prémédité et exécuté de sang-froid augmente le coefficient criminel ?

Conclusion

Ce pourquoi j’ai vraiment aimé Psycho-Pass, c’est son univers. Riche, plutôt cohérent, donnant quelques indices mais pas tout, facile à appréhender dès le départ (comme je l’ai dit dans le premier chapitre)… Une vraie bonne surprise. Comparable à celui de Ghost in the Shell: Stand Alone Complex, il fait se poser de bonnes questions.

Cet anime est graphiquement riche, joliment animé, la musique est agréable et bien intégrée (l’opening est très bizarre, cependant) ; il faut absolument regarder les épisodes en entier, quitte à se farcir le générique de fin, il y a quelques fois – mais ce n’est pas systématique – quelques secondes qui font la liaison entre l’épisode qui vient de se finir et le suivant.

Il avance très vite, à un rythme bien enlevé, et on va de révélation en révélation.

À découvrir !


Sources des images : en grande majorité, ce sont des captures d’écran de l’animé ; soit je les ai prises moi-même, soit elles viennent du site Random Curiosity. Sinon, les sources sont indiquées près de chaque image.

Notes:

  1. Je mets le nom de famille en premier, puisque c’est japonais

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